L'étrange don d'Anaïs C
Concernant l’écriture du roman, L’étrange don d’Anaïs C., l’idée m’en est venue
en regardant toutes ces innombrables actualités télévisées, qui ne cessaient de
défiler en 1999 concernant la guerre du Kosovo.
C’était tellement effarant et dramatique de constater qu’un autre exode avait
lieu, encore une fois… Celui de tous ces pauvres gens, des Kosovars albanais,
obligés de fuir leur pays, ne sachant où aller. Et de les retrouver ensuite dans
des camps improvisés à la hâte, entassés sous des tentes dans d’abominables
conditions, ayant souvent subi de nombreux sévices…
Comme la plupart
des Français de l’époque devant une telle situation, j’ai été absolument
bouleversée.
Je me trouvais à Mayotte, lorsque ces évènements sont arrivés. Je suivais cette
actualité également dans les magazines que j’achetais. J’y lisais des horreurs…
Il y était parlé de l’intransigeance du leader Milosevic, de la cruauté des
soldats serbes, et surtout, des exactions de certains miliciens qui sévissaient
dans plusieurs villes, profitant de cette guerre pour tuer, violer et piller.
Puis, lors de l’exode, j’appris que la France accueillait ceux d’ex Yougoslavie
demandant un droit d’asile.
J’imaginais alors une rencontre entre une femme française et un réfugié
politique kosovar… Un Kosovar qui aurait tout perdu en ex Yougoslavie ; parce
qu’il y avait eu précédemment la tragédie de Sarajevo… Mais pas n’importe quelle
rencontre… Celle de deux personnes meurtries par la vie, ayant déjà vécu une
histoire d’amour et qui se retrouvaient plus seuls que jamais. Concernant le
héros, j’ai donc imaginé Vladimir Kovacic, médecin anesthésiste à Pristina, qui
trouve refuge chez une tante demeurant depuis longtemps en France.
L’âge de mes protagonistes importait, parce qu’ils devaient avoir un passé, des
expériences… Je voulais également parler des femmes de la cinquantaine, parce
qu’on écrit plus volontiers sur celles de trente ou quarante… Il me fallait une
femme divorcée pour pouvoir aborder le sujet… De préférence ayant un métier
davantage masculin, pour évoquer les difficultés professionnelles des femmes,
qui existent toujours malgré cette parité et cette égalité hommes/femmes mises
pourtant en avant.
Ainsi est née Anaïs, l’héroïne du roman… Architecte en difficulté, cinquante ans
tout juste, divorcée et très seule…
Le récit débute par la tentative de suicide d’Anaïs. Une façon de pouvoir
décrire cet acte…
Et si l’on me demande pourquoi mon héroïne peut tout à coup voir à travers les
murs, suite à son suicide manqué, je répondrai trois choses : d’abord, j’ai
voulu dédramatiser l’histoire en y mettant un certain humour, (devenir voyeuse
malgré soi, surtout lorsqu’on est pudique et qu’on découvre certaines choses…)
ensuite, j’aime mettre une touche d’onirisme ou de fantastique, et enfin, « Le
Passe murailles » m’avait bien plu, avec son côté à la fois grave et ironique,
et comme j’aime les clins d’œil littéraires, c’en est un en quelque sorte à
Marcel Aymé.
J’ajouterai que l’action se situant fin 99, début 2000, cela m’a également
permis d’évoquer le passage au siècle suivant… Fait tout de même rarissime !
Pour conclure, ce sont donc là les principales raisons qui m’ont donné envie
d’écrire ce roman.
Mais il y en a beaucoup d’autres, au lecteur de les trouver...