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D’habitude, le samedi matin, c’est maman qui venait me réveiller si je
dormais encore à neuf heures, parce qu’elle était prête pour aller faire
les courses. Elle ne partait jamais, sans m’avoir d’abord réveillée. Elle
me préparait mon petit-déjeuner, qu’elle prenait avec moi, attendait que
la voisine du dessus, à qui elle avait demandé de descendre, arrive pour
nous garder Boris et moi et partait ensuite ; elle ne restait jamais absente
plus d’une heure.
Mais maman n’était pas dans la cuisine et j’ai vu qu’elle n’avait préparé
ni mon chocolat, ni mes tartines ! Et qu’elle n’avait pas mangé, parce qu’il
n’y avait rien sur la table ! Ni dans l’évier !
J’ai cru qu’elle dormait encore et je suis allée dans sa chambre. Quand
j’ai ouvert la porte, je l’ai cru au lit parce qu’il faisait tout noir dans
la chambre. J’ai allumé. Et j’ai crié, tellement j’ai eu peur ! Maman n’était
pas là, mais il y avait un chien dans son lit ! Sous les draps ! Sa tête
était sur l’oreiller et il dormait !
Quand j’ai crié, il s’est réveillé et est tout de suite sorti du lit. J’étais
effrayée parce que je ne comprenais pas pourquoi maman n’était pas là et
qu’un chien se trouvait à sa place dans son lit !
Et puis, j’ai vu que c’était Prince et ça m’a rassurée ! Je croyais que
c’était Prince qui était revenu et j’étais contente, parce que je l’aimais
beaucoup et que j’avais eu du chagrin qu’il ne soit plus là !
Mais en sortant du lit, il est tombé par terre ! Je me suis précipitée
pour l’aider à se relever, car il semblait avoir du mal à y arriver ! Il
s’est alors dirigé vers l’armoire à glace, où il est resté longtemps à se
regarder !
C’était drôle, tante Carole, un chien qui se regarde dans un miroir ! Parce
qu’il se regardait vraiment ! Il tournait la tête à droite et à gauche, se
retournait et regardait son derrière !
Il a fait ça plusieurs fois en aboyant furieusement, comme s’il était en
colère et je ne comprenais pas ce qu’il faisait ! Sauf qu’il faisait comme
moi, quand je me regarde dans une glace !
Et puis après, il s’est roulé par terre ! Mais tu sais, pas pour jouer
! C’était plutôt comme s’il était désespéré ou malade !
J’ai eu peur à nouveau et je lui ai dit, pleurant et le caressant : « Qu’est-ce
qu’il y a, Prince, tu es malade ? Où est maman ? Pourquoi tu es là toi, et
pas elle ? Peut-être que tu l’as vue ? Peut-être que c’est elle qui t’a ramené
ici ? ».
Il s’est alors redressé et comme j’étais assise par terre à côté de lui,
il a mis ses pattes autour de ma taille et a posé sa tête sur mon épaule
! Moi, je n’osais pas bouger ! J’étais si étonnée ! Parce que Prince ne faisait
jamais tout ça !
Ensuite, il a poussé des petits jappements très doux en me regardant. J’avais
l’impression qu’il essayait de me parler, de me dire quelque chose, parce
qu’il ne me regardait pas comme fait un chien ; tu sais, tante Carole, ses
yeux, c’était comme ceux d’une personne !
Moi, je ne comprenais pas ce qu’il voulait me dire, alors il est allé tout
droit vers le téléphone, qu’il a pris dans sa gueule et qu’il a posé à mes
pieds ; puis il est retourné prendre un papier sur la table de nuit et il
me l’a apporté : c’était une carte de visite et c’était celle du bureau de
papa !
Pourquoi Prince faisait-il ça ? Décidément, ce n’était plus Prince !
J’ai entendu Boris qui commençait à pleurer : il se réveillait ! Avant
même que j’aille dans sa chambre, Prince y était parti comme une flèche !
Il avait posé ses pattes avant sur le berceau ! Boris s’est mis à hurler
: Prince lui faisait peur !
Je lui ai dit et il a aussitôt retiré ses pattes. Il s’est alors recroquevillé
sur lui-même, en poussant des gémissements plaintifs de bête qui pleure !
J’avais jamais vu ni entendu un chien faire ça !
J’aurais voulu sortir mon petit frère de son berceau, mais il était un
peu haut et j’étais trop petite et pas assez forte pour soulever Boris ;
je ne voulais surtout pas le faire tomber !
Je ne savais plus quoi faire ! Et maman qui ne revenait toujours pas !
Je m’étais dit qu’elle était peut-être allée acheter des croissants, mais
comme la boulangerie se trouvait en bas, elle aurait dû être là depuis longtemps
!
Je me suis mise à sangloter aux pieds du berceau, en appelant ma maman
!
Prince m’a alors léché le visage, comme pour me consoler. Puis il est sorti
de la chambre et est revenu de suite avec le téléphone portable et la carte
de visite de papa dans la gueule, qu’il a, de nouveau, posés à mes pieds.
Bien sûr ! Prince avait raison ! Il fallait que j’appelle papa ! Lui, viendrait
à notre secours !
Quand papa m’a répondu, il s’apprêtait à quitter son bureau et je lui ai
expliqué en pleurant ce qui se passait.
Comme je pleurais, il ne comprenait pas grand chose. Prince alors, avec
ses crocs, mais si doucement qu’il ne m’a fait aucun mal, m’a arraché des
mains le téléphone, qu’il a posé par terre dans le bon sens et s’est mis
à japper dedans : il émettait des sons, tantôt aigus, tantôt graves, puis
s’arrêtait un peu et recommençait, en répétant toujours la même chose ! Vraiment,
tante Carole, j’ai eu l’impression qu’il essayait de parler à papa !
Comme j’avais mis le haut parleur, j’ai entendu papa qui disait : « Noémie
? Mais......qu’est-ce que c’est que ça ! ? Il y a un chien, ici ? ! ».
J’ai repris l’appareil et j’ai dit à papa que Prince était revenu, que
maman n’était plus là, et papa m’a répondu de ne pas bouger, qu’il venait
tout de suite.
Lorsque papa est arrivé, longtemps après, à cause des embouteillages, je
me suis sentie mieux : je n’avais plus peur ! Il s’est occupé de Boris en
premier, m’a aidé à m’habiller et m’a demandé où était le chien que j’appelais
Prince et depuis quand il était là.
On l’a retrouvé dans la cuisine en train de manger !
Mais, tante Carole, c’était si bizarre ! Il ne mangeait pas comme un chien
! Il avait tout posé sur la table et s’était assis sur une chaise ! Et il
mangeait, dans une assiette, du jambon blanc et des biscottes ! Ce que maman
mangeait souvent le midi ! Il avait réussi à ouvrir le réfrigérateur !
« Mais....., dit papa, interloqué, ce n’est pas possible ! D’où sort ce
chien ? On dirait Prince ! C’est incroyable ! ».
« Mais, papa, c’est Prince ! lui ai-je dit ».
Papa m’a répondu, l’air égaré : « Certainement pas ! Ca ne peut pas être
lui et je suis bien placé pour le savoir ! » Et il a rajouté, soudain soulagé
: « D’ailleurs, regarde Noémie, ce n’est pas un mâle, c’est une femelle !
» car il venait de se rendre compte de l’absence de sexe masculin.
Quand papa a dit ça, la chienne s’est jetée à ses pieds, qu’elle n’arrêtait
pas de lécher ! Et puis aussi, elle se frottait sans arrêt à lui, tu sais,
comme font les chats ! Papa était gêné et ennuyé, parce qu’elle était collante
et le suivait partout !
Mais ce qui était encore plus bizarre, tante Carole, c’est que, dès que
papa me posait une question à laquelle je ne pouvais répondre, la chienne
répondait à ma place !
Enfin, je veux dire qu’elle faisait comprendre à papa la réponse ! Par
exemple, papa venait de me dire qu’il allait nous emmener chez lui, jusqu'à
ce que maman revienne, et il me demandait où se trouvaient les couches de
Boris, ou encore ses biberons, etc. ... Et bien, la chienne tirait sur le
pantalon de papa et l’emmenait directement là où se trouvait chaque chose
qu’il avait demandée !
Moi, je n’en revenais pas et papa avait l’air complètement stupéfait !
Il n’arrêtait pas de dire : « mais d’où sort cette chienne ? D’où lui viennent
des comportements aussi extraordinaires ? Comment se fait-il qu’elle soit
la réplique exacte de Prince ? Comment a-t-elle atterri ici ? Surtout dans
le lit de ta mère ! Elle qui n’aime pas les chiens ! Qui ne supportait pas
Prince ! Qui n’en a plus voulu ! Ce n’est pas possible que ce soit elle qui
l’ait amenée ici ! Et d’abord, ta mère, où peut-elle bien être partie depuis
ce matin ? Et pourquoi n’est-elle pas encore rentrée ? On n’a pas idée de
laisser ainsi ses enfants tout seuls ! Pourtant, ça ne lui ressemble pas
! ».
Puis, après avoir pris le grand sac où il avait mis nos affaires, ainsi
que la poussette pliante de Boris, papa a commencé à ouvrir la porte de l’appartement.
C’est là qu’il s’est rendu compte que la clé était sur la porte, à l’intérieur.
Lorsqu’il était arrivé, il n’avait pas remarqué que je lui avais ouvert
en tournant la clé dans la serrure. Il m’a alors demandé si je lui avais
ouvert en prenant une clef ou si c’était avec celle qui se trouvait déjà
sur la porte.
Je lui ai répondu, sans comprendre pourquoi il me demandait ça, que la
clef s’y trouvait déjà.
« Ca, alors, me dit-il, il y a là un mystère ! Comment ta mère a-t-elle
pu sortir de chez elle, puisque la porte est restée fermée de l’intérieur,
avec la clé dessus ?! ».
Papa a refermé la porte, a déposé Boris dans sa poussette et m’a dit d’attendre,
car il allait vérifier avant de partir, que maman n’était pas dans l’appartement.
Je trouvais papa de plus en plus étrange ! Il avait tout de même bien vu
que maman n’était pas là ! Je l’aurais bien trouvée, moi, si elle avait été
là ! Je l’entendais qui ouvrait toutes les portes de chaque pièce et aussi
chaque porte d’armoires ou de placards ! Papa est fou, pensais-je, pourquoi
maman aurait-elle été se fourrer là et comment, surtout ! ?
Pendant ce temps-là, la chienne, qui pour une fois n’avait pas suivi papa,
s’était couchée devant la porte et semblait attendre, tout en nous couvant
du regard.
Quand papa est revenu, je l’ai trouve pâle et défait et il s’est assis
par terre, se prenant la tête entre les mains et disant : « je ne comprends
plus rien ! La situation m’échappe ! Elle m’échappe totalement ! ».
Moi, je l’ai rassuré, parce qu’il en avait besoin, je le voyais ! Je lui
ai dit de laisser un mot à maman, pour la prévenir que nous étions chez lui,
ce qu’il a fait.
Et je lui ai demandé ce que nous allions faire de la chienne. Il m’a répondu
que nous ne pouvions pas la laisser enfermée ici, au cas où maman resterait
absente plusieurs jours, que nous allions l’emmener avec nous et qu’on verrait
ensuite.
Alors on a quitté l’appartement avec la chienne.
Quand on est arrivé chez papa, Marlène nous a bien accueillis, comme à
chaque fois, et elle avait l’air content qu’on lui ramène une chienne.
« Chouette ! Un chien ! Et magnifique, en plus ! J’adore les chiens ! D’où
sort celui-là ?! » a-t-elle demandé à papa, qui lui a alors tout raconté.
Elle non plus, n’en revenait pas, et elle a dit à papa qu’il fallait signaler
la disparition de maman à la police. Papa lui a répondu qu’il fallait attendre
un peu et qu’il allait d’abord téléphoner à sa famille, c’est-à-dire à ses
parents et à ses frères et soeurs, au cas où elle serait chez l’un d’eux.
« Et pour la chienne ? », a dit Marlène.
« On va regarder son tatouage », a-t-il répondu.
Mais la chienne n’avait aucun tatouage, ni sur les pattes, ni à l’intérieur
des oreilles. On ne pouvait donc retrouver son propriétaire !
- Ca, alors ! s’est exclamé papa qui continuait à l’examiner.
- Quoi donc ? a demandé Marlène avec curiosité.
- Non, rien, c’est idiot ! Simple coïncidence !
- Mais dis tout de même ! a insisté Marlène, dont la curiosité redoublait.
Papa semblait gêné et j’ai vu qu’il répondait avec effort :
- Je viens simplement de voir que cette chienne a une sorte de petit tatouage
vert et bleu en forme d’étoile sur une mamelle, en haut à gauche. Et ça m’a
subitement rappelé celui que Marie-Caroline s’était fait faire à Nice, quelques
mois avant qu’on ne reparte à Paris !
Parce que c’était justement une étoile verte et bleue et qu’elle se trouvait
précisément au-dessus de son sein gauche ! Marlène s’est mise à rire :
- En effet, c’est très surprenant ! C’est vraiment très amusant, très drôle
! Quelle coïncidence !
Papa a paru soulagé :
- En tout cas, ce n’est pas un tatouage de vétérinaire ! Qu’allons-nous
faire de cette chienne, Marlène ?
- Et bien, mais nous allons la garder ! Depuis le temps que j’avais envie
d’avoir un chien ! Du moins, jusqu’au retour de Marie-Caroline ! N’est-ce
pas Noémie ! ?
Et voilà, tante Carole, comment j’ai à nouveau un chien ! Enfin, une chienne
! Il fallait bien lui donner un nom et comme elle ressemblait tellement à
Prince, on l’a appelée Princesse ! ».
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