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Nouvelles |
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SOUVENIRS
PROVENÇAUX |
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J’étais alors en vacances chez une amie d’enfance à Aix-en-Provence.
Par un de ces beaux soirs d’été provençaux, où le ciel de saphir est tellement
constellé de points lumineux qu’il rend les nuits d’une clarté rare, je me
trouvais à passer devant une maison aux fenêtres larges ouvertes.
Je tombai sous le charme d’une musique langoureuse et un peu triste qui
s’échappait de l’une d’entre elles.
C’était une musique qui ne pouvait laisser insensible. C’était comme un appel,
comme une invite à entrer dans cette maison.
Je m’arrêtai, comme envoûtée, et me laissai pénétrer par ces longues plaintes,
tantôt déchirantes, tantôt joyeuses.
Et mon imagination m’entraîna bientôt très loin : dans une chambre – pour moi ce
ne pouvait être qu’une chambre – j’imaginais un homme et une femme, enlacés sur
un lit, nus, peut-être.
Ils se caressaient, mais avec ferveur, presque religieusement, conscients de la
beauté de cette musique qui ajoutait encore à leur exaltation et rendait leur
amour plus intense.
Leurs regards ne pouvaient se détacher l’un de l’autre, et leur étreinte était
la plus voluptueuse qu’il leur eût été donnée d’avoir jusqu’à présent.
Ils seraient marqués à jamais par cet air magnifique, magique, cet air lancinant
qu’ils ne pourraient jamais plus oublier, même si un jour ils devaient se
quitter.
Car, rien que d’entendre à nouveau cet air-là, même séparés, un lien spirituel
ressuscitant leur amour passé le recréerait tout au long de la musique, leur en
rappelant toute l’intensité.
Souvenir nostalgique, douloureux peut-être, mais qui s’effacerait sitôt l’air
terminé…
Et s’ils ne se quittaient jamais, une émotion commune les envahirait, chaque
fois qu’ils entendraient cet air ; il leur suffirait d’un regard, pour que leur
complicité soit totale.
Tandis que, perdue dans mes pensées, je rêvais toujours devant cette fenêtre, je
vis soudain apparaître dans son encadrement la silhouette d’une femme -
peut-être une jeune-fille - qui se mit à contempler les étoiles ; mais presque
aussitôt après, j’entendis comme des sanglots étouffés et m’aperçus qu’elle
pleurait.
Dieu merci, de l’endroit où j’étais, elle ne pouvait me voir. Mais me sentant à
présent indiscrète, je m’apprêtais à partir, non sans une certaine consternation
devant le chagrin de cette inconnue, lorsque apparut derrière elle un homme qui
me parut assez jeune.
Il dut lui dire quelque chose auquel elle ne répondit pas, parce qu’ensuite, il
lui posa la main sur l’épaule en remuant la tête, comme interrogativement ;
puis, comme elle ne réagissait toujours pas, il la saisit avec force aux
épaules, voulant, me sembla-t-il, la tourner vers lui.
C’est alors qu’elle réagit en le repoussant violemment, et lui eut alors comme
un geste d’impuissance, car je le vis lever les bras au ciel et disparaître.
L’inconnue se remit à sangloter de plus belle, cette fois sans chercher à
retenir ses pleurs ; elle avait l’air en proie au plus profond des désespoirs.
Ne voulant pas jouer plus longtemps les voyeuses et n’en pouvant supporter
davantage, je partis précipitamment, revenue à une réalité, hélas, plus
prosaïque ; et, avec au cœur, non plus mes doux rêves d’amour, mais une certaine
tristesse.
Bien que, dans l’espèce de confusion où je me trouvais, je ne pouvais cependant
m’empêcher de penser qu’il ne devait s’agir que d’une simple querelle
d’amoureux !
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